La Neska ; un trail découverte de 8 kilomètres, avec 350 mètres de dénivelé, réservé aux femmes.

Nouveauté de l’année 2016. Pour Sneskalaetiev et moi, ça a commencé il y a trois mois autour d’une tablée conviviale et peut-être un peu trop arrosée. Il y avait comme un petit grain de folie. Les hommes du team Rhuners préparaient leurs équipes pour l’Euskal Trail. Nous allions à nouveau être à leurs côtés pour les encourager. Mais si pour une fois, c’était nous les stars ? La Neska venait titiller l’envie de nous y mettre : et si on s’inscrivait ? 8 kilomètres, ça se fait toujours, non ?

Non que nous ne soyons pas sportives. Séverine affiche un palmarès de handballeuse tenace et compétitrice et moi, Laetitia, j’ai participé à quelques triathlons et courses sur route. Mais voilà, c’était il y a… Entre temps, il y a eu quatre enfants de son côté, trois du mien dont le dernier est né il y a dix mois. L’entrainement a du mal à retrouver sa place dans le quotidien. Il fallait un objectif pour nous bousculer. Enfin presque.

Le jour du départ, l’une et l’autre ne savions pas du tout où nous situer. Comme tout bon sportif, nous ne nous étions pas assez entraînées. Pour être honnêtes, la Rhune nous avait à peine vues ces derniers mois. L’objectif était donc de terminer la Neska. Et sans encombre. Notre amie Edurne Inza était aussi de la partie avec sa partenaire Carmen. Dans la voiture qui nous emmenait au départ, nous avons plaisanté sur nos chronos potentiels. J’observais la réserve et les sourires confiants des deux Espagnoles dans les rétros. Je me suis dit qu’elles venaient pour gagner. Et qu’elles allaient probablement le faire. Je me suis aussi dit qu’elles devaient avoir plus de pression que Sèv et moi. Et que c’était bien sympa de participer à une course juste pour la finir. En détente. Sans objectif.

Quand nous sommes arrivées Edurne et Carmen sont allées s’échauffer. Nous avons rejoint les autres femmes et avons découvert que nos congénères s’excitaient en sautant à droite et à gauche en suivant la démonstration d’un coach de Zumba. La sono exultait ; l’ambiance était à son comble. L’aventure promettait d’être joyeuse et conviviale.

13173066_1169215213108742_8216205403009806995_oNous nous sommes sagement positionnées à l’arrière du peloton. Quand le départ a retentit, nous avons attendu longtemps avant de franchir la ligne. J’ai pensé à Edurne et Carmen qui devaient déjà être loin. La course a commencé très gentiment. Dans la première petite côte, nous avons été bloquées. Ça bouchonnait complètement ; nous n’avancions tout simplement pas. Alors nous nous sommes mises à plaisanter entre nous. A faire des blagues sur notre chrono. Quand le rythme a repris tout doucement, on aurait dit une colonie de vacances. Nous courions quelques mètres, puis étions à nouveau obligées de marcher voir de nous arrêter. C’était plutôt cocasse et l’ambiance restait très joyeuse. Au bout de trois kilomètres, nous avons enfin pu courir plus librement. Et sont venues les premières difficultés : des côtes plus longues et plus raides que ce que nous avions imaginé. La marche s’imposait. Sèv et moi n’avions jamais couru ensemble. Et c’est dans cette course, la Neska, que nous avons découvert comment fonctionnait notre binôme.

Dans les côtes, j’avais plus de souffle qu’elle et je la distançais. Je l’attendais en haut mais elle embrayait directement sur les descentes et semblait fraîche comme un cabri. Elle dévalait le terrain comme si elle le connaissait par cœur, comme si elle ne risquait pas de tomber, comme si ses jambes étaient toutes souples et que ses pieds rebondissaient sur les pierres. Je ne pouvais pas la suivre. Je n’avais pas confiance dans mes appuis, dans mes cuisses, dans mes genoux. J’étais tétanisée. J’essayais d’accélérer mais quelque chose me retenait. Et à un moment, évidemment, j’ai senti que mon genou avait mal amorti mon petit saut de bouquetin pas du tout assuré. C’était juste avant le ravito, à 4kms. La loose. Mais bon, je n’allais quand même pas m’arrêter là ! J’ai ralenti un peu le rythme, les sensations étaient bizarres mais ça semblait tenir. Au ravito, il semblait ridicule de s’arrêter mais on l’a quand même fait parce qu’il était là.
D’autres équipes prenaient leur temps, discutaient. Elles avaient raison. Car juste après, la côte la plus longue et la plus abrupte de la Neska 2016 nous attendait. Je m’y suis attaquée avec fringance mais ai vite été contrainte de baisser ma cadence. Je regardais Sèv quelques mètres plus bas et elle était rouge comme un coquelicot de printemps. Quand elle levait la tête de ses chaussures. Toutes les femmes pestaient gentiment. Quelle horreur cette côte !!! Pourtant au sommet, ce qui nous attendait était magnifique. Un soleil finissant, des montagnes en dégradé de verts et un vent de fraîcheur. Il fallait vivre cette horrible côte pour apprécier cela. Le reste de la course s’est enchaîné plus rapidement malgré de belles descentes tétanisantes et une dernière côte éprouvante. Lorsque nous courions, il y avait au devant, cette ligne toute en féminité de rose, de blanc, de noir et de bleu, qui encerclait la montagne de sa course. C’était très beau ; la Neska 2016.
Une fois que nous avons rejoint le bitume, j’ai enfin pu libérer mes jambes, et courir plus souplement. Sur ces derniers mètres, même si les premières étaient passées depuis longtemps, les spectateurs étaient restés pour nous et continuaient à nous encourager. Très sympa ! A notre arrivée, le commentateur a précisé que nous étions la centième équipe à franchir la ligne de la Neska 2016. Quelle victoire symbolique !!