Décembre 2015, je parviens à persuader Marie de nous inscrire en couple pour la CCC en lui assurant que compte tenu de l’engouement et du nombre d’inscrits nous pourrons espérer être pris au mieux en 2017 voire en 2018… Et là, la fatalité, la guigne, le sort s’acharne nous sommes pris ! Cette année les tirages au sort m’ont été très favorables (Picos de Europa, Talai Bidéa et Skyrhune pour moi) seul le marathon de Zegama résiste encore.

Beaucoup d ‘appréhension pour Marie, une si longue distance, des dénivelés aussi importants, courir de nuit sont autant d’éléments et d’inconnus qui engendrent du stress. La préparation débutée en Avril suivie par quelques courses pour Marie (2*40 de l’Euskal avec Yvan, Course des Bergers, Xibero Trail) ont permis d’accumuler du dénivelé.

Arrivé le Mercredi à Chamonix, nous profitons du temps superbe qui s’est installé dans la vallée. Le PDJ avalé à notre hôtel le vendredi matin nous rejoignons le départ sur Courmayeur avec la dernière navette qui nous a permis de profiter d’une nuit quasi complète. La pression monte fort, la concentration des coureurs qui convergent vers la ligne de départ et l’échéance qui approche donne un mélange d’anxiété et d’excitation, pour ma part je reviens à Courmayeur sur cette ligne pour la 2ème fois où j’ai de très bons souvenirs.

Nous sommes placés tous les deux dans le 1er SAS, la musique fait monter le cardio, l’hélicoptère se positionne au dessus du peloton des 2500 coureurs, le décompte en italien donne le tempo et nous voilà partis à 9h00 à bon rythme dans les rues de Courmayeur.

 

Les 3 premiers kilos se font sur la route avec une pente régulière à 7% environ, nous ne parlons pas et faisons l’effort, j’avais prévenu Marie qu’il faudrait s’employer jusqu’à la forêt et le premier sentier pour éviter le bouchon, nous atteignons la forêt et l’objectif est rempli, nous pouvons enfin ralentir et le rythme est fluide et sans à-coups.

Pour ne pas imposer mon rythme, je me cale derrière Marie durant toute la montée vers la Tête de la Tronche (2584) point culminant de la course et aussi plus gros dénivelé positif (Env. 1500m), au sortir de la forêt, la face Sud du massif du Mont Blanc magnifique se découvre à nous. La chaleur monte également et nous profitons d’un ravitaillement supplémentaire au sommet, puis c‘est la descente très roulante et poussiéreuse sur le refuge Bertone, Marie déroule bien et je reste derrière elle.

Arrivée à Bertone (Km 15), les frottements de son sac sous son T Shirt lui ont provoqués une belle brulure au dos, heureusement elle a pris son T Shirt Team Rhuners en secours dans son sac, Marie le changera à Bonati pour ne plus le quitter.

Le single roulant en balcon jusqu’à Bonati est superbe et nous déroulons bien, la chaleur monte et nous profitons des cours d’eau croisés pour mettre le buff ou la casquette dans l’eau. Le soleil monte et nous montons sous la chaleur le grand col ferret, le rythme et bon et nous quittons doucement cette vallée en territoire Italien, la montée est longue (1000m D+ sur 4km), puis c’est le sommet et nous basculons enfin en pays Helvète au Km 31. 20 km de descente nous attendent, Marie a de très bonnes jambes et je la laisse partir devant avec de très bonnes sensations, nous doublerons une Cinquantaine de coureurs sur cette descente.

Un ravitaillement et une douche improvisée dans la descente, je m’arrête, je remplis ma poche mais je ne vois plus Marie, elle est passée sans s’arrêter m’indique un bénévole, le moral est au beau fixe comme le soleil.

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Arrivés à la Fouly (Km 42), il y a du monde beaucoup d’enfants qui encouragent les coureurs, nous restons peu de temps à ce ravito et continuons cette longue descente maintenant sur bitume traversant ces petits villages suisses semblables à ceux que l’on aurait pu imaginer, des petits (ou gros) chalets au milieu de pâturages verts au pied de montagnes recouvertes de forêts de sapin, l’image d’Epinal n’est pas loin.

Les villages suisses ont la particularité d’avoir conservé leurs fontaines d’eau potable qui permettent aux trailers de se rafraichir, de plonger la tête et voire pour certains de s’y plonger complètement ! La montée vers Champex marque la fin de cette longue phase très roulante et très agréable, une sorte de mi temps avant que les hostilités reprennent ou ne commencent…

Dans la montée, Marie s’emploiera à « réanimer » un trailer assis inconscient et hagard sur le bord du sentier, de l’eau jeté à son visage comme prescription le réveillera de sa torpeur, puis c’est mon tour de tenter de motiver et de convaincre un couple arrêté sur un banc face au paysage superbe et à cette lumière douce de fin d’après-midi, la décision d’abandon semblait déjà prise pour eux.

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Sortie du ravitaillement de Champex (Km 56), Marie a mal au genou et là le moral en prend un coup pour nous deux, Marie ne peut plus courir sur le plat et dans les descentes. La montée de Bovine sera compliquée, Marie connaît un coup de moins bien et le rythme ralentit, moi je suis angoissé à l’idée qu’elle puisse décider de s’arrêter au ravitaillement de Trient et de me demander à quoi cela servirait de continuer seul.

La nuit tombe dans la descente de Bovine, nous allumons les frontales, Richard m’a prêté « son phare de voiture » qui attire des nuées de papillons blancs, Marie peut trotter dans la descente et je me rassure un peu mais il reste encore 30 km…

Arrivé à Trient (Km 72) nous restons un peu mais repartons sans trop tarder, il commence à faire froid mais l’effort de la montée de Catogne va vite nous réchauffer, je suis heureux nous sommes repartis et je me dis maintenant que nous irons au bout, le rythme dans la montée est bon et nous rattrapons quelques coureurs vers le sommet et même dans la descente. Vallorcine (Km 83), nous sommes maintenant dans la Vallée et Chamonix n’est plus qu’à une encablure vers l’Ouest, une fois ravitaillé nous repartons pour la dernière ascension, la dernière « Rhune », j’explique à Marie la configuration de ce dernier chantier qu’est la Tête au vent que je connais bien et qui est particulièrement laborieux et long dans sa partie sommitale.

Au col des montets, en son pied, le spectacle est superbe, les frontales montent vers le ciel jusqu’à se mélanger avec les étoiles de ce ciel complètement dégagé et qui semblent prolonger cette « chenille », à nos cotés une traileuse anglaise découvre également le spectacle mais semble y voir plutôt les difficultés qui l’attend… Nous montons a très bon rythme sans poses, la partie haute pour atteindre la tête aux vents puis la Flégère est très compliquée, le sentier très technique et caillouteux rend le déplacements très difficile, les légères descentes avant la flégère sont très douloureuses pour Marie.

Nous refuserons l’hospitalité du ravitaillement de la Flégère (Km 93) un verre de coca avalé et nous attaquons les 8km de descente, le premier se fera en courant mais les suivants se feront en marchant, le genou  ne veut plus transiger. Les frontales des concurrents venus de derrières se rapprochent et nous doublent, je précède Marie qui semble vouloir courir à nouveau et nous voilà repartis sur le plat à un petit rythme jusqu’à ce que je m’aperçoive après plusieurs minutes que ce n’était pas elle…

A 3km de l’arrivée je l’attend sur le chemin, les lumières se rapprochent et passent mais ce n’est toujours pas elle, je l’attend, elle arrive enfin, elle craque, la douleur est forte et là je me dis que c’est le moment d’abattre ma dernière carte, mon joker !

Je lui dévoile la surprise, le chalet dans lequel nous allons passer la prochaine nuit, le spa dans lequel nous allons plonger nos corps meurtris, la cuisine du chef et le cadre enchanteur de cet hôtel au lavancher, les douleurs sont quelques peu oubliés.

 Il ne reste plus qu’un km dans la forêt puis ce seront les rues de Chamonix, je regarde sans cesse mon altimètre qui ne descend pas assez vite (et qui ne monte jamais assez vite également), mais les lumières de Chamonix sont bien là juste derrière ces rangées de sapins. Enfin nous arrivons dans les rues de Chamonix,  nous doublons un trailer qui avance moins vite, je propose à Marie de courir mais nous traverserons Chamonix à notre rythme et avantage, nous profiterons plus longtemps des encouragements des quelques spectateurs présents à cette heure tardive (5h00 du matin).

Le concurrent doublé quelques minutes plus tôt retrouve des couleurs il est accompagné de son fan club féminin, nous l’encourageons et le félicitons lorsqu’il nous double. Le dernier virage et nous reprenons aussi un rythme de course pour franchir cette ligne tant espérée dont je rêvais secrètement depuis des mois de la voir franchie ensemble.

 

Le rêve et la réalité ont été rendus possible grâce à chacun et surtout au mental dont Marie a su faire preuve. Merci pour ce bout de chemin de 20heures et 14mn (les plus intenses) dont je n’imaginais pas qu’il puisse être aussi beau.